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La grande interview du Président Cellou Dalein DIALLO

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Lejour.info/Le Populaire: M. Bano Sow, un haut cadre de votre parti, arrêté le jeudi 24 Janvier 2012, a été finalement libéré le mardi 31 janvier. Votre réaction.

Cellou Dalein Diallo : Si je me réjouis de la libération de M. Bano Sow, je m’inquiète quelque part. Ce problème de Bano a révélé deux choses.

Primo, c’est qu’on peut arrêter sans motif, pratiquement, un citoyen dans les conditions qu’on a vécues pour Bano Sow, le détenir, l’accuser d’atteinte à la sûreté de l’Etat alors qu’on ne dispose d’aucun élément. Comme je vous l’ai dit, Bano Sow, a été interrogé sur ses relations avec Souleymane Bah dit Général et on l’a fait comprendre que c’est ce dernier qui l’avait cité au cours d’une de ses auditions. De bouche à oreille, la nouvelle est parvenue à Souleymane Bah qui était furieux dans sa cellule. Il dit qu’à aucun moment, il n’a parlé de Bano Sow, nul ne l’a interrogé sur ses relations avec lui.  Son avocat l’a confirmé. Vérification faite autour de ses auditions, il s’est avéré qu’il n’a jamais parlé de Bano Sow. 

Secundo, combien de personnes ont été arrêtées sur cette base ? C’est la question que l’on se pose. Puisqu’on connaissait beaucoup de faiblesses du pouvoir Alpha Condé. Mais je pense qu’aujourd’hui on a un indicateur important pour pouvoir suffisamment s’interroger, puisque ‘’Général’’ lui-même a affirmé que depuis son arrestation, on ne l’a pas confronté avec celui qui l’a accusé. Combien de nos compatriotes croupissent aujourd’hui en prison pour les mêmes raisons ? Ils sont nombreux. Le pouvoir a décidé de les arrêter, les accuser d’atteinte à la sûreté de l’Etat parce qu’ils sont supposés être proches de l’UFDG. Ça, c’est la question que l’on se pose aujourd’hui. Nous attendions que le procès s’ouvre pour savoir ce qui s’est passé. Nous ne disons pas que les militants de l’UFDG ne sont pas justiciables. Nous remarquons simplement qu’il y a un acharnement sur les militants de notre parti. Puisque, aujourd’hui, l’UFDG est le parti le plus déterminé à dénoncer les dérives de ce pouvoir. On l’a fait suffisamment de sorte que beaucoup de Guinéens, adhèrent aux principes de notre parti. Contrairement à ce qu’on dit, nul n’ignore la volonté d’Alpha Condé de déstabiliser l’UFDG. Récemment, il a dit que dans six mois on ne parlera plus de l’opposition. On a constaté qu’il veut à tout prix détruire l’UFDG. Il a poussé à l’exil M. Bah Oury, il a essayé de le faire arrêter le jour même de l’attaque de sa résidence. Ensuite, lors d’une interview qu’il a accordée à la presse sénégalaise, il l’a accusé nommément au même titre que Tibou Kamara et Diallo Sadakaadji alors qu’aucune conclusion d’une commission d’enquête n’avait été rendue publique. Nous avons considéré que cette intervention de M. Alpha Condé est une ingérence dans les affaires judiciaires. 

Connaissant bien nos Etats en Afrique, si le président accuse quelqu’un à l’avance, on ne s’attend pas à ce qu’un agent de la police judiciaire ou un juge dise le contraire. Compte tenu de tout le respect que les uns et autres ont pour celui qui les nomme, tout le monde sait qu’ils sont tous à la recherche de la faveur de celui qui est au pouvoir. 

Après, il a débauché Saliou Bella Diallo (devenu leader d’un parti dénommé Afia). Celui-ci, dans ses discours, ne décline pas un programme politique pour convaincre. Il dit : c’est l’UFDG, du début à la fin. Nous ne réagissons pas par rapport à ces discours, mais je considère qu’il faut inscrire toutes ces actions dans la dynamique de déstabiliser l’UFDG. La dénonciation de Bah Oury comme un des acteurs de l’attaque du 19 juillet, la confirmation de cette accusation par une interview donnée à la presse sénégalaise, l’arrestation massive de sympathisants de l’UFDG toujours dans cette affaire, l’arrestation de Bano Sow, et hier (NDLR : le jeudi 2 février 2012),  l’arrestation d’Abdoulaye Mané, chef de la Section UFDG de Hamdallaye-mosquée et membre du bureau fédéral UFDG de Ratoma détenu à l’escadron de la gendarmerie de Matam. On ne connaît pas encore le motif de cette arrestation, mais tout cela est destiné à détruire l’UFDG. 

Et cette histoire entre Malick Sankhon, le directeur général de la Caisse nationale de la sécurité sociale et Dr Fodé Oussou Fofana ?

Tout cela fait partie du chantage, de l’arbitraire dont les militants de l’UFDG font l’objet. Dr Fodé Oussou Fofana reçoit des menaces de fermeture de sa pharmacie. Il semble que Malick Sankhon veut le traduire en justice pour ne pas avoir payé ses cotisations sociales alors que personne n’est venu lui réclamer sa cotisation et aucun des pharmaciens exerçant sur le territoire national n’a été interpellé pour payer ses cotisations. Si la loi ne les exempte pas de ce paiement à la Caisse nationale de la sécurité sociale, c’est peut-être une faiblesse, mais que Dr Fodé Oussou reçoive une sommation faute de quoi, il sera traduit en justice. Ça, c’est un harcèlement qui fait suite à un débat qu’il a eu avec le Directeur de la CNSS en sa qualité de Vice-président de l’UFDG.
Je parlais tout à l’heure du cas de Saliou Balla. C’est pour vous dire que ce sont des tentatives de déstabilisation de l’UFDG mais qui, malheureusement pour eux, ont été infructueuses. 

Nous avons appris que Bano Sow a été libéré sous condition. Il ne doit pas quitter Conakry, d’ailleurs il doit se présenter régulièrement à la justice en compagnie de ses avocats. Comment voyez-vous tout cela ?

L’arrestation de Bano Sow vient des autorités politiques et non des autorités judiciaires. L’indépendance de la justice ici, est un problème. Lorsque les autorités politiques décident d’arrêter un citoyen, je pense que même si les juges sont convaincus de son innocence, ils ne peuvent pas le libérer comme ça. Il faut qu’ils ménagent le pouvoir. C’est pourquoi ils ont concédé à une liberté provisoire assortie des beaucoup de restrictions de sa liberté de citoyen.  Il doit se présenter chaque deux semaines au tribunal, il ne doit pas sortir de Conakry sans l’autorisation de la justice, pratiquement, c’est un prisonnier ! Tout cela indique qu’il y a de quoi s’inquiéter. Puisque la preuve a été donnée à l’audience organisée à cet effet à la Maison centrale par le Doyen des juges d’instruction, M. Mamadi Diawara, qui était accompagné de deux autres juges. Souleymane Bah a affirmé clairement qu’il n’a jamais parlé à ce titre de Bano Sow ou d’un autre ni devant un juge, ni devant un prisonnier. Alors, il dit ne pas comprendre pourquoi on lui attribue cette accusation. Donc, les juges sont convaincus que M. Bano Sow est innocent. Mais pour faire plaisir au pouvoir, ils ont prononcé sa libération assortie de contraintes que vous venez d’énumérer. 

Quelle est la situation de vos militants en prison ?

Ecoutez ! Il y a déjà l’un d’entre eux qui est mort, c’est Soufiana Diallo. Il était responsable d’un  de nos comités de base. Il a subi beaucoup de tortures dès son arrestation. Il est tombé malade, n’a pas bénéficié de soins.  Il en est mort. Dans tous les documents de la justice, on a dit que c’est un lieutenant alors que c’est un petit tablier. Dans tous les dossiers de la justice, on l’a appelé lieutenant Soufiane Diallo ; même dans l’acte d’accusation, alors qu’il n’a jamais fait l’armée. Je ne sais pas pourquoi, ils ont cru devoir lui attribuer ce titre. Le pauvre ! Il est mort par manque de soins. Certainement à cause du traumatisme qu’ils lui ont fait subir au moment de son arrestation et pendant les interrogatoires. Ceux qui sont là-bas en prison, sont nombreux. Vous avez Elhadj Alpha Tolou à qui il est reproché d’être un  voisin de Bah Oury, Thierno Sadou Diallo secrétaire général d’une section du parti à Hamdallaye, Wann un sympathisant de l’UFDG, Souleymane le Général, un autre militant de notre parti.

Quelle disposition envisagez-vous pour régler le cas Bah Oury contraint en exil ?

Ecoutez ! Bah Oury est dans un groupe. Nous, au départ  lorsqu’on l’a accusé, nous avons dénoncé la manière. Puisque c’est avant la mise en place de toute commission d’enquête. Nous avons estimé que ça relève de quelque chose de suspect. Parce qu’on ne peut pas, avant l’ouverture de toute enquête, mettre la main sur un haut responsable d’un parti politique sans respecter les règles et les procédures en la matière. Lorsque M. Alpha Condé a, dans une interview cité Bah Oury, nous avons fait une déclaration pour dire que c’est une immixtion de l’Exécutif dans le Judiciaire. Mais on remarque qu’il est toujours obstiné à impliquer l’UFDG dans cette affaire. On croyait que c’est une affaire militaire puisque moi-même, à l’annonce de la nouvelle (de l’attentat du 19 juillet 2011. NDLR), j’ai condamné l’acte en demandant que toutes les dispositions soient prises pour qu’une enquête soit menée dans le respect des principes du droit appréciés par tout le monde. 

A l’UFDG, nous admettons que tous nos militants sont des citoyens justiciables. Mais, il faut mettre en évidence les preuves. Il ne s’agit pas d’utiliser l’arme de complot comme on a l’habitude de le faire dans ce pays pour déstabiliser l’adversaire, pour contraindre les cadres du parti adverse de rester en exil. Aujourd’hui, M. Alpha Condé a une arme. On a vu le cas de Bano Sow. S’il veut arrêter quelqu’un, il l’accuse  d’atteinte à la sûreté de l’Etat. Ceux qui sont en détention, je ne sais pas de quelles preuves il dispose contre eux. A l’UFDG, nous avons attendu de voir. Mais maintenant, nous en avons le ras-le-bol. 
Le cas de Bano Sow a révélé que ce n’est pas nécessairement vrai qu’il y a eu attaque contre la résidence privée d’Alpha Condé. Nous avions gardé le calme tout en disant que la justice indiquera dans quelle mesure nos militants et nos responsables qu’il accuse, seraient impliqués. Comme nous sommes des Républicains, nous voulions nous conformer à la loi. Mais avec le cas Bano Sow, il y a un doute sérieux sur le bien-fondé des accusations portées contre nos militants et, nous allons marquer notre désaccord par rapport à ces méthodes utilisées par le pouvoir de M. Alpha Condé pour museler l’opposition. 

Récemment au cours d’un meeting à Lélouma, vous avez dénoncé l’immixtion de gouverneurs, préfets et sous-préfets dans l’installation du RPG-Arc en ciel. Parlez nous un peu plus de cette situation.

Vous vous souviendrez d’abord, M. Alpha Condé avait dit à Boké, lors de sa visite dans cette préfecture que les préfets et les sous-préfets doivent sortir de leur réserve et aider le pouvoir présidentiel et que ça se passe comme ça dans tous les pays du monde.  Vous savez, il est inscrit dans la loi que dans l’exercice de leurs fonctions, les gouverneurs, les préfets et les sous-préfets ne doivent pas s’impliquer dans la politique à plus forte raison aider un parti contre un autre. Mais aujourd’hui tous sont entrain de se déployer pour aider le RPG à s’installer dans le pays. En Moyenne Guinée, le RPG est entrain d’activer l’arme de la division pour opposer les populations en essayant de faire comprendre qu’ils ont leurs parents ailleurs. Moi je pense que ce n’est pas digne d’un pouvoir. Un pouvoir responsable doit exhorter les citoyens à rester unis et solidaires, puisque la loi ne reconnaît que le citoyen. Chacun peut appartenir à une ethnie ou à une autre. Mais lorsqu’ils vivent ensemble dans le même village, ils ont en commun la mosquée ou l’église, l’école, le centre de santé, la sous-préfecture, ils doivent rester unis. Le rôle d’un pouvoir est de leur demander de travailler ensemble, de cultiver la fraternité, la confiance et d’éviter tout ce qui est de nature à les diviser. 

Si nous combattons l’ethnocentrisme et le tribalisme, c’est parce que nous voulons que tous les Guinéens soient des citoyens à part entière, qu’ils se fassent confiance, qu’ils se considèrent tous des frères et sœurs, mais le RPG utilise le tribalisme et l’ethnocentrisme pour s’installer. C’est vraiment dommage, c’est irresponsable !

L’immixtion de ces préfets est seulement visible en Moyenne Guinée, ou bien elle est aussi perceptible dans les autres régions ?

Elle est visible partout. C’est l’arme utilisée partout. Les préfets et les sous-préfets agissent de la même manière en Basse Guinée, en Haute Guinée et en Guinée Forestière. Ils installent le RPG partout, soit par la force ou par la corruption.

Récemment une association des jeunes a porté plainte contre vous, Jean-Marie et Sidya sur l’affaire des 6 milliards. Avez-vous été saisi par la justice ?

Jamais ! Tout cela, on aurait souhaité que Cellou soit seul dans cette affaire. On a fait une vaste campagne sur l’axe (NDLR : Hamdallaye-Bambeto-Cosa) pour dire aux jeunes : Voilà, Cellou a reçu votre argent, demandez-lui des comptes. Alors qu’en réalité, s’il y a quelqu’un qui a beaucoup subi lors des ces évènements du 28 septembre 2009, c’est bien moi. Ils sont venus à deux reprises le 28 septembre à la maison à 14 heures et à 3 heures du matin. Ils ne m’ont rien laissé : les bijoux, les papiers, les mallettes, ils ont tous emporté. Ils ont détruit la maison en tirant sur tout, la télévision, les plafonds, les tôles, etc. Vous savez, dans quelles conditions j’ai quitté la Guinée. J’ai quitté la maison, pendant un an, elle était inhabitable. Moi, je n’ai jamais formulé une demande de dédommagement. Le dommage que j’ai subi, c’est qu’on a tué 144 de mes militants, violé 42 de mes militantes, moi, on m’a cassé les quatre côtes. Ça n’a pas de prix. 

Lorsqu’ils ont viré le montant dans mon compte, j’étais à l’intérieur du pays. Lorsqu’ils m’en ont informé, j’ai demandé c’est pourquoi. Ils m’ont dit : c’est pour vous assister. J’ai voulu rendre le montant, mais vous savez, l’écrasante majorité des victimes du 28 septembre sont de l’UFDG. Je devais faire face à ces victimes. J’ai affecté une bonne partie de cet argent à leurs charges. Moi, je n’ai jamais rien demandé.  

Le 24 décembre, vous avez eu un aparté avec le chef de l’Etat. Vous avez parlé de tout et de rien, comme vous le dites ?

C’est vrai ! M. Alpha Condé m’a reçu le 24 décembre. C’est lui qui a demandé de me voir. On a eu un long entretien. Il a parlé de sa vie, de son passé d’opposant, des relations qu’il a eues avec les uns et les autres. Moi, j’en ai profité pour lui délivrer un message. J’ai demandé au président de la République, qui m’avait dit de le tutoyer puisque je suis son petit frère, d’user de tous les moyens pour organiser des élections législatives propres. Je lui ai dit que je souhaite, pour lui, qu’il inscrive dans le bilan de son mandat en première position le fait d’avoir organisé des élections législatives libres et transparentes. Je considérerai que la qualité de ces élections peut influer fortement sur le processus de la réconciliation. Si les élections sont libres et transparentes, si chaque parti est crédité de ses suffrages obtenus, il y aura une décrispation, une forte réduction de la méfiance et qu’en ce moment là, on pourrait se retrouver et voir comment on peut faire avancer le chantier difficile qu’est la réconciliation. Faute de quoi, si c’est une nouvelle frustration qui s’ajoute à celle qui habite déjà les cœurs de Guinéens, la réconciliation sera difficile, la reconstruction du pays risquerait de retarder, et même la paix sociale risquerait d’être affectée. Donc, je lui ai exhorté de tout faire pour que ces élections soient transparentes. Je lui ai dit qu’il ne sera pas jugé par le score RPG-Arc en ciel, il sera jugé par la qualité de ces élections. Fraternellement, je lui ai conseillé de tout faire pour que ces élections soient démocratiques, libres et transparentes. 

Dans ce contexte, après un répit de plusieurs jours, l’opposition est revenue à la table du dialogue avec le pouvoir. A quoi peut-on s’attendre concrètement ?

A quoi peut-on s’attendre ? Je ne sais pas. L’opposition a décidé de revenir à la table du dialogue en faisant de concessions par rapport à ses premières revendications justes et défendables. Mais compte tenu du contexte, nous avons jugé nécessaire de revenir. On a demandé au Comité facilitateur et aux bonnes volontés d’amener le gouvernement à faire de concessions. 

Vous savez, au départ, le Collectif et l’ADP se sont battus pour décrisper l’atmosphère politique parce que nous voulions aller vers des élections apaisées, que chacun ait un minimum de confiance au processus électoral, que les décisions sur le processus soient prises par consensus. Nous avons donc décidé de revenir à la table de négociation puisque le consensus ne peut s’obtenir que par le dialogue. Le Gouvernement a refusé de s’ouvrir au dialogue. 

Vous savez, l’UFDG a adressé sa première lettre au Ministre de l’administration du territoire et de la décentralisation en février 2011 pour lui demander qu’on se mette autour d’une table pour déterminer les modalités d’organisation des élections. On n’a pas été écouté. En Avril 2011, lorsqu’on a créé le Collectif des partis politiques pour la finalisation de la transition, on a écrit encore au Gouvernement, au Premier ministre, pour leur demander d’ouvrir le dialogue. Ils n’ont pas voulu. Nous avons demandé à toutes les institutions républicaines d’user de leur influence pour amener le Gouvernement à ouvrir le dialogue. Sans succès. Le CNT (Conseil national de la transition. NDLR), le CES (Conseil économique et social. NDLR) et même la Société civile ont été touchés, sans compter que nous avons rendu visite à tous les partenaires techniques et financiers pour leur expliquer les raisons pour lesquelles on tient à ce que ce dialogue soit ouvert.  Malheureusement personne n’a pu influer le pouvoir de M. Alpha Condé jusqu’au 18 juillet date à laquelle il a fait une déclaration pour dire qu’il est d’accord pour une révision de la liste électorale. On avait pris trop de retard, mais mieux vaut mieux tard que jamais, on a rédigé un mémorandum adressé au Ministère de l’administration du territoire où nous faisions des propositions de points à discuter au cours du dialogue. Ces propositions concernaient à l’époque cinq points.

D’abord, la mise à jour du fichier électoral. A ce niveau, il existait plusieurs interrogations à savoir, pour la révision du fichier comme le prévoit la loi, quel est l’opérateur qui va le faire et comment il doit le faire, dans la transparence ou dans l’opacité ? Nous souhaitions que la SAGEM qui avait été choisi par Appel d’offres international, soit retenu. Evidemment, nous étions prêts à discuter d’autres éventualités. Comme par exemple, si la SAGEM n’est pas en mesure de le faire, on pourrait procéder à un autre Appel d’offres international. Mais nous ne voudrions pas que ça soit un gré à gré comme le pouvoir a tendance de le faire avec Sabari. 

Ensuite, il y a  le cas des élus locaux, les conseils communaux et de quartiers.  Beaucoup ont été arbitrairement remplacés. A Ratoma par exemple, sur 31 quartiers, 28 ont été destitués et remplacés par des délégations spéciales composées des militants du RPG. C’est le cas de Mali où le RPG n’a pas obtenu 10% pour cent. Le conseil communal a été dissout et il a été nommé par décret un maire, le représentant du RPG, qui est un mécanicien moto. 

Avec tout cela, on veut présenter l’UFDG comme un parti violent. A Mali, nous aurions dû demander à nos militants de refuser l’installation  de ce maire RPG nommé par décret de façon illégale puisque l’Article 62 du Code électoral adopté en 2005 par l’Assemblée nationale interdit au président ou au gouvernement de limoger un conseil sauf si les membres de ce conseil commettent une faute et deux tiers de ses membres sont condamnés par un tribunal. Si c’est un ou deux, on les remplace par d’autres conseillers. La loi est formelle là-dessus. Mais par un décret les conseillers élus ont été remplacés par des militants du RPG alors qu’il n’y a jamais eu d’audit, et aucun tribunal n’en a été saisi. A l’UFDG, on aurait pu dire à nos militants de Dalaba ou de Mali : refusez l’installation de ces gens du RPG.

Donc, dans le mémorandum, on a écrit que pour ces conseillers communaux arbitrairement limogés, il faut qu’on en  discute, car il faut qu’ils soient rétablis dans leurs fonctions. Le troisième point, c’est l’accès des partis politiques aux médias publics. A ce niveau, il y a une obstruction. Tout le monde sait que les partis politiques n’ont pas accès aux médias publics. Cependant, on y continue le culte de la personnalité.

Le quatrième point, c’est la neutralité de l’administration. Les préfets qui vont installer les bureaux du RPG, ce n’est pas leur rôle. 

Le cinquième point concerne la liberté de mouvement des leaders. Moi, j’ai fait ma tournée en Moyenne Guinée obligé de faire un corps à corps avec les préfets et les sous-préfets qui ne voulaient pas du tout autoriser les réceptions. Les places publiques, place de l’indépendante, place de martyrs, étaient interdites à l’UFDG. Quand même ! Un parti légalement agréé, et l’UFDG en plus ! Même dans ma circonscription d’origine, Labé, on a refusé à mes militants de m’accueillir au stade régional. Ça, quand même, il faut qu’on en discute !

Ces points que je viens d’énumérer sont à discuter. Nous les avons inscrits dans le mémo car on n’est pas violent. 

Lorsqu’on n’a pas pu obtenir le dialogue malgré notre insistance, on a dit : exprimons-nous autrement en usant des droits qui nous sont reconnus par la Loi. C’est ainsi que nous avons initié la marche pacifique, le 27 septembre 2011. Vous savez ce qui s’est passé. Nos militants ont tués, bastonnés, emprisonnés, leurs biens détruits. 

Le mercredi 1er février dernier, un officier a trouvé la mort dans les manifestations contre le délestage. Le gouvernement s’en est ému pour adresser ses condoléances à la famille éplorée et à son corps d’origine. Quant à nous, depuis l’arrivée d’Alpha Condé au pouvoir, on a enterré neuf personnes tuées dans des manifestations ou lors des réceptions. Jamais ! Jamais, le gouvernement ne s’en est ému. Jamais, le gouvernement n’a adressé ses condoléances aux familles des victimes et à leur parti politique ! Jamais ! Jamais, le gouvernement n’a voulu diligenter une enquête, jamais ! On estime, comme c’est des militants de l’UFDG, ce sont des demi-citoyens. Alors que c’est un droit inaliénable, c’est au gouvernement de protéger les citoyens. Mais c’est comme s’ils s’en réjouissaient puisque le jour où le président Alpha Condé nous a rencontrés, il a dit que lui, il assumait les erreurs commises par les forces armées. J’aurais aimé qu’il dise : « Je suis l’avocat des victimes ».

L’article 162 du code électoral fait l’objet d’une vive polémique entre le pouvoir et l’opposition. Quel commentaire faites-vous là-dessus ?

Je crois qu’il n’y a pas des polémiques là-dessus. Tout le monde est d’accord qu’il faut réduire les pouvoirs du président de la CENI qui sont très exorbitants. 

On sait qu’en 2010, l’avocat Abass Bangoura alors membre de la CENI avait démissionné à cause des prérogatives qu’accorde l’article 162 au président de cette institution électorale. Ne craignez-vous pas que l’histoire se répète ?

Pas du tout. La solution proposée est que ces prérogatives reviennent aux deux tiers des membres de la CENI. La lecture qu’on doit se faire c’est par exemple si les deux tiers décident de l’annulation les Procès verbaux d’un bureau de vote, en se fondant sur des faiblesses justifiables, on peut annuler le vote de ce bureau, sinon on fait recours à la Cour suprême.  
(...à suivre

Réalisée par 
Oumar Kateb Yacine (Lejour.info) 
& Alpha A. Diallo (Le Populaire)

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